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LAROMIGUIERE Pierre (1756-1837)

18eme division (4e ligne, U, 24)
vendredi 2 novembre 2007.
 

Philosophe et écrivain

Pierre Laromiguière est un Philosophe né à Livignac, dans l’Aveyron, le 3 novembre 1756. Membre de la congrégation des doctrinaires, il fit soutenir à Toulouse par ses éIèves, dès 1784, une thèse - le Droit de propriété est violé toutes les fois que les impôts sont levés arbitrairement - que censura le parlement.

Six ans plus tard, il y enseignait publiquement la philosophie sociale. En 1793 paraissait un Projet d’éléments de métaphysique, « chef-d’oeuvre de clarté et de style », fort bien accueilli de Sieyès, de Cabanis et de Destutt deTracy.

Bientôt associé à l’Institut, Laromiguière y lit deux Mémoires, où, comme dans le Projet, il se sépare de Condillac, pour accorder à l’attention une place importante. Éditeur de Condillac (1798), qu’il admire, il devient pour un temps son fidèle disciple. Le 18 brumaire le fait entrer au Tribunat, dont il est éliminé avec Daunou et J.-B. Say, Benjamin Constant, André Chénier et Desrenaudes.

Bibliothécaire au Prytanée, il publie les Paradoxes de Condillac (1805), où il pousse les théories de la Langue des Calculs jusqu’à leur dernier terme. Dans la science, il ne voit qu’une longue série d’identités ; dans le raisonnement, qu’un calcul où l’on passe d’une proposition identique à une proposition identique ; dans les idées générales, que des signes, des mots, des dénominations.

Professeur à la faculté des lettres, Pierre Laromiguière y attire, de 1811 à 1813, la jeunesse et « tout ce que la capitale a d’esprits éclairés et élégants dans les deux sexes ». C’est, avec Garat et La Harpe, auxquels il est bien supérieur, avant Villemain, Guizot et Cousin, le premier en date d’un grande lignée professeurs éloquents. Éloigné de sa chaire par une inflammation intermittente de la vessie, il fit imprimer ses Leçons de philosophie (181518). L’écrivain n’eut rien à envier au professeur ; la cinquième édition est de 1833.

La doctrine est celle du Projet et des Mémoires. L’âme, active par essence, tire les idées des sentiments et produit les facultés de l’entendement, attention, comparaison, raisonnement. Par l’attention, nous avons des idées exactes et précises ; par la comparaison, des analogies, des liaisons, des rapports ; par le raisonnement, les principes et leurs conséquences les plus éloignées. L’attention fournit les faits, et, par une longue patience, rencontre les idées de génie ; la comparaison, par les rapports, donne de l’étendue au génie, que le raisonnement rend profond par les systèmes. En cherchant ce qui lui agrée et en fuyant ce qui lui répugne, l’âme active produit les facultés de la volonté, besoin, préférence et liberté. Entendement et volonté constituent la pensée, et, bien employés, la raison. L’âme, par cela qu’elle est active, est immortelle.

On a exagéré l’originalité de Pierre Laromiguière, pour faire oublier de Destutt de Tracy et Cabanis ; on ne s’est pas souvenu que de Destutt de Tracy et Lamarck, Draparnaud et Degérando ont traité de l’attention et de l’activité de l’âme. Mais on n’a pas exagéré son influence, qui a été considérable. Il y a eu en France une école de Laromiguiéristes, dont les membres les plus connus sont Armand Marrast et Cardaillac. L’Italie a rangé Pierre Laromiguière parmi les « métaphysiciens classiques » ; Victor Cousin, Jouffroy, l’ont continué et loué plus encore que combattu. Les Leçons sont restées « un livre consacré- », sous le second Empire, pour des criticistes comme pour des spiritualistes. Taine, cherchant à concilier Comte et Hegel, complétait l’éloge de Laromiguière par une virulente critique de ses successeurs.

C’est que Laromiguière rassurait, par ses doctrines spiritualistes et chrétiennes, ceux qu’effrayait l’idéologie physiologique et rationaliste de ses illustres amis ; sa méthode, qui rappelait Condillac, et ses habitudes de probité scientifique attiraient ceux qui, continuateurs des idéologues, voulaient faire de la psychologie une science positive ; son style aimable, sobre et insinuant, charmait les lecteurs comme la personne avait enchanté ses disciples et séduit les adversaires de ses doctrines. Pour toutes ces raisons, l’oeuvre de Pierre Laromiguière sera mentionnée et consultée par les historiens des idées au XIXe siècle. (F. Picavet).

Il est l’auteur de plusieurs autre ouvrages : Projets d’éléments de Métaphysique, 1793, Leçons de philosophie, ou Essais sur les facultés de l’âme, 1815 et 1817, 2 vol.

Pierre Laromiguière est décédé à Paris le 12 août 1837.