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VINCENT de LANGLADE

Le précurseur
vendredi 26 octobre 2007.
 

Promenade culturelle au Père-Lachaise

On ne présente plus Vincent de Langlade, guide et auteur prolifique sur le sujet du Père Lachaise. Cette mémoire du cimetière a régné pendant plusieurs décennies sur l’enclos funèbre, peut être le plus célèbre de la planète.

Bien des amoureux du lieu lui doivent leurs premières émotions de découvreurs de sépultures de personnages importants du temps jadis.

Nous l’avons rencontré et échangé avec lui une relation épistolaire. Aujourd’hui, il a bien vieilli et se contente de proposer aux visiteurs son guide du cimetière. Bien sur, de nouveaux mentors sont maintenant les orfèvres du verbe et de l’histoire des lieux, le temps passe, les générations se succèdent, mais, V. de Langlade reste encore pour beaucoup, l’incontournable référence.

Dans notre rubrique bibliophilie vous trouverez tous les ouvrages de notre ami. Vous pourrez, à la lecture de ces ouvrages, retrouver l’esprit qui animait les inconditionnels du Père Lachaise à une époque où les visiteurs étaient bien moins nombreux et le site encore sauvage avec des trésors ignorés...

R. D.F

Une visite du Père Lachaise

par

Vincent de Langlade

Ne trouvez-vous pas choquant de visiter un cimetière comme des touristes à Versailles ?

"On ne va pas seulement à Versailles pour une simple balade dans le parc et dans le château. On s’y rend surtout pour sentir, revivre même, un passé prestigieux. Au cimetière du Père-Lachaise (dans le 20e arrondissement), c’est pareil : la plus grande offense qu’on pourrait faire aux morts serait de les oublier." Rassuré, le petit groupe de touristes s’élance derrière son guide sur le boulevard Ménilmontant en direction de l’entrée monumentale de l’un des plus connus des cimetières parisiens.

Vincent de Langlade est un des guides du Père-Lachaise. C’est un homme modeste, qui ne se considère pas comme un "guide" mais plutôt comme un "accompagnateur de promenades". Depuis vingt-cinq ans, il propose des promenades à thèmes dans les quartiers et les cimetières de Paris. Le thème d’aujourd’hui, c’est : "Les grands aventuriers du commerce et de l’industrie : des frères Lissac à Félix Potin".

Le parcours commence par le tombeau des frères Morane, pionniers de l’aéronautique, et il continue avec celui de Joseph Oller (1839-1922), créateur du pari mutuel sur les hippodromes, l’ancêtre du PMU. Il était aussi propriétaire du fameux cabaret, le "Moulin Rouge" où, au tout début, beaucoup de parieurs venaient dépenser l’argent qu’ils avaient gagné... au pari mutuel.

Un peu plus loin repose Massicot, beau-frère de Félix Potin et inventeur de la machine à découper le papier. On s’arrête aussi devant la tombe d’Alexandre Darracq, créateur d’une petite voiture dont on peut encore voir trois modèles au Musée de l’automobile du Mans. Le tombeau fut réalisé par Paul Landowski, père du compositeur et auteur du célèbre "Christ" de Rio de Janeiro.

Devant le tombeau des frères Lissac, célèbres opticiens, Vincent de Langlade évoque le slogan "Lunettes parfaites à prix honnêtes" qui fit la fortune des deux hommes.

En continuant la promenade, les visiteurs passent devant la tombe de Sarah Bernhardt avant de s’arrêter devant celle de Georges Méliès. Ici, la visite prend un tour plus intime. J’ai le sentiment que Vincent de Langlade est ému en regardant le buste de ce génial pionnier du cinéma, qui mit au point les premiers trucages. "Cet homme, explique-t-il, n’a pas connu la réussite des grands hommes de l’industrie car, à la fin de sa vie, il vendait, dans un magasin de la gare Montparnasse, des marionnettes qu’il fabriquait lui-même. Un jour, mon père m’en a acheté une et m’a dit : "Tu sais, Vincent, il te faudra garder cette marionnette précieusement. C’est monsieur Méliès en personne qui te l’a vendue !"

Au passage, les visiteurs ont contemplé la plus ancienne pierre tombale du cimetière, celle de Reine Favez, la seule à porter une date de décès du calendrier révolutionnaire : le 19 prairial an XII.

Bien plus récente, la discrète tombe de Marie Trintignant couverte de fleurs touche celle de Gilbert Bécaud, tout aussi fleurie que sa voisine. "L’explication, remarque Vincent de Langlade, très informé de la vie quotidienne du cimetière, c’est qu’une dame vient régulièrement déposer des fleurs sur les tombes des deux artistes."

Source : LeMonde.fr