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LARCÔNE SUNSIARE de (1935-1962)

87eme division (columbarium)
vendredi 7 septembre 2007.
 
Pour les arpenteurs de cimetière que nous sommes, Bertrand Beyern n’est pas un inconnu : beaucoup ont arpenté les allées du Père-Lachaise -ou d’un autre cimetière- avec lui. Beaucoup possèdent également son Guide des cimetières de France, devenu lors de sa réédition le Guide des tombes d’hommes célèbres, au Cherche Midi éditeur. Quant à ses Mémoires d’entre-tombes, elles sont un ravissement pour quiconque fréquente le Père-Lachaise avec assiduité tant les anecdotes qu’il présente sont justes, drôles et poétiques. Grâce à lui, nous ne sommes plus des nécrophiles mais des taphophiles, non plus des amateurs de morts mais des amoureux des pierres tombales... Il nous fait la gentillesse ce mois-ci de nous présenter une des ces dernières trouvailles :

Une belle inconnue retrouvée : Sunsiaré de Larcône

Ses amoureux le savent bien : une découverte au Père-Lachaise procure toujours une émotion sans pareille, lorsque après être passé des dizaines de fois devant une sépulture, un détail accroche notre regard et attise notre désir d’en savoir plus...

Ainsi, ce nom de Sunsiaré, vu il y a déjà pas mal d’années sur une plaque du columbarium. J’appris en lisant la biographie de Roger Nimier par Marc Dambre qu’il s’agissait d’un prénom, celui de Sunsiaré de Larcône (1935-1962), romancière, morte avec l’auteur du Hussard bleu quand leur Aston-Martin percuta une pile de pont sur l’autoroute de l’Ouest.

D’elle, je ne sus longtemps rien d’autre que la double beauté de son patronyme et de son visage, ce dernier révélé par une photo prise chez Gallimard.

Aujourd’hui, Lucien d’Azay ressuscite dans une quête biographique palpitante cette jeune femme d’un éblouissant orgueil qui semble avoir envoûté tous ceux qui la connurent (et dont certains vivent encore, tels les écrivains Julien Gracq et Jean-Claude Brisville ou le cinéaste Jean-Paul Rappeneau). Originaire des Vosges, elle s’appelait Suzy Durupt et vint à Paris, sûre de son charme, de son talent et de son destin d’exception.

Elle posa pour les plus grandes agences de mode, écrivit avec ferveur un roman La Messagère mais surtout, de très belles lettres aux nombreux hommes qui croisèrent sa route.

Morte à 27 ans, elle rejoint dans mon petit Panthéon des Eves père-lachaisiennes, Elisa Mercoeur et Danielle Messia, Gabrielle Russier et Maria Milanollo, Pascale Ogier et Samira Bellil, Delphine Palatsi et Blanche d’Antigny.

Elle est une des plus discrètes. Je n’ai encore jamais lu son nom dans une publication sur le cimetière ni vu quiconque s’arrêter devant sa plaque. Si vous souhaitez me démentir, descendez au second sous-sol. Et cherchez la case 20945.

Bertrand Beyern

Sources : Marc Dambre, Roger Nimier, Hussard du demi-siècle, Flammarion, 1989. Lucien d’Azay, A la recherche de Sunsiaré, Une vie, Gallimard, juin 2005.