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Révolution - 1er Empire - Restauration

MOREAU DE LA SARTHE Jacques Louis (1771-1828)

18eme division
lundi 30 avril 2007.
 

Médecin et professeur d’histoire

Louis-Jacques Moreau, dit Moreau de la Sarthe est né à Montfort-le-Rotrou, le 24 janvier 1771. Il fait ses études au Mans puis devient apprenti pour quelques mois chez un chirurgien. En 1791, Il monte à Paris pour étudier la médecine pendant deux ans, puis s’en va guerroyer comme chirurgien militaire. Hélas, il est atteint par le typhus et pour comble de malchance, un accident professionnel le laisse infirme de la main droite. Réformé, il est nommé sous-bibliothécaire à l’Ecole de Santé.

C’est au moment où les sociétés savantes sont dispersées par la tourmente révolutionnaire, et tâchent de se reconstituer, que Moreau participe activement à la création de la Société médicale d’émulation qui voit le jour en l’an IV (1795). Là, les survivants du vieux monde médical se mêlent aux représentants du monde nouveau. Il devient aussi membre de la Société de médecine en pluviôse en V, puis de la Société des observateurs de l’homme, de la Société libre des Arts du département de la Sarthe et de la Société d’émulation de Poitiers.

Homme de lettres, il s’illustre par ses travaux : La gangrène humide des hôpitaux, ses Fragments d’une topographie physique et médicale de Nantes, mais encore par d’innombrables extraits ou analyses d’ouvrages d’actualité. Ses publications ont la particularité d’être très variées. Il écrit notamment ses Réflexions philosophiques et médicales sur l’Emile de Rousseau. Malgré la vénération qu’il a pour le philosophe, il n’hésite pas critiquer ses opinions. Moreau propose aussi une classification qui apparaît dans l’Encyclopédie aux articles Nosographie et Phlegmasies.

Il participe aussi à la Commission de Vaccine en faveur de la vaccination des enfants contre la petite vérole. Il fréquente très certainement le Muséum d’histoire naturelle ou il devient un adepte de Cuvier.

Après plusieurs demande, il obtient le 21 frimaire an VIII (12 décembre 1799), le cours d’hygiène et d’histoire naturelle de l’homme au Lycée Républicain.

Moreau fréquente aussi les salons, notamment celui d’Auteuil où l’on échange des idées philosophiques. Il s’honore d’ailleurs d’être un médecin philosophe. Jamais plus qu’à cette époque, on ne disserte sur le rapport qu’il y a entre le physique et le moral de l’être humain. Moreau accumule, pendant des années, les mémoires, les analyses et les considérations sur la médecine morale. C’est ainsi qu’il aurait guéri un cas de monomanie par la coupe des cheveux.

Le zèle et les travaux de Moreau ont trouvé leur récompense : le 24 mars 1808 il devient bibliothécaire de la Faculté, même si l’érudition médicale ne bénéficie guère des faveurs officielles. Et quelques années plus tard, le 19 août 1815 - après les tumultes de l’empire et le retour à la royauté - il obtient la chaire - déchue - de bibliographie médicale, à laquelle est ajouté en 1819 la direction d’un cours de l’histoire de la médecine. Hélas, son bonheur sera de très courte durée : la Restauration a, à peu près, respecté la constitution de la faculté. Mais l’arrivée des Ultra met fin à cette politique de ménagements. L’école de médecine passe pour un foyer de libéralisme, et on l’épure puis la dissout tout à fait en 1822. Elle est remplacée par l’Académie de médecine, dont les titulaires sont nommés par le roi. Moreau obtient seulement un professorat honorifique, puis menacé par l’autorité en place - épuration oblige - il quitte définitivement son appartement de l’Ecole de médecine et va s’installer chez la célèbre actrice madame Talma dont il a toutes les faveurs.

Malgré tout, sa clientèle - restreinte - lui demeure fidèle. Elle se compose de grands dignitaires, hommes de l’opposition libérale, artistes, littérateurs, actrices de renom et de nombreuses femmes du monde (car Moreau sait plaire aux femmes). Il écrira d’ailleurs une Histoire naturelle de la femme, monument de littérature médico-galante.

Vers 1820, il prend part à l’achèvement de l’encyclopédie méthodique pour la partie médecine. Le projet à plus de trente ans, et c’est une période ou la science - comme la société - se renouvelle. La tache est donc ardue d’autant plus que le pouvoir royal s’oppose aux encyclopédistes.

Depuis longtemps, la santé de Moreau déclinait. Atteint d’une tuberculose pulmonaire (phtisie), il s’éteint à Paris chez madame Talma, le 13 juin 1826. Il repose dans la 18e division.