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Révolution - 1er Empire - Restauration - Monarchie de juillet

GERANDO Joseph Marie, baron de (1772-1842)

41eme division
samedi 21 avril 2007.
 

Homme politique et philosophe

Joseph-Marie Degérando ou de Gérando, baron de l’Empire, né à Lyon le 29 février 1772 et mort à Paris le 10 novembre 18421,

Linguiste, pédagogue et philanthrope français.

Il compte également parmi les précurseurs de l’anthropologie.

Originaire de Lyon, d’une famille de notables, il fait ses études chez les Oratoriens de la ville et se destine à entrer dans les ordres, mais sa participation au mouvement fédéraliste lyonnais l’oblige à fuir en Suisse puis à Naples pour avoir résisté contre les troupes de la Convention.

Revenu en France il s’engage dans l’armée du Rhin, à Colmar, où grâce à l’entremise de son ami lyonnais Camille Jordan (1771-1821), il se retrouve dans un cercle qui comprend les fils de Claude Perier, Augustin et Scipion, placés par leur père sous l’égide des frères Pfeffel, Théophile Conrad et Christian Frédéric, férus de pédagogie moderne. De Gérando se trouve ainsi dans un milieu où circulent à la fois les idées des lumières françaises et celles de l’Aufklärung allemande.

En 1795, l’amnistie du 4 brumaire an IV lui permet de s’établir à Paris. Il se fait connaître en participant à un concours de l’Institut de France dont il remporte le premier prix grâce à un essai sur le sujet suivant : De l’influence des signes sur la génération des idées1. Il y oppose les limites et les inexactitudes du langage naturel avec la rigueur formelle du langage mathématique, notamment algébrique.

Bien qu’il ait quitté Lyon, il conserve des liens avec Pierre-Simon Ballanche, Louis Furcy Grognier, Juliette Récamier et André-Marie Ampère, et reste administrateur de l’Hôtel-Dieu de Lyon.

Auteur d’un des premiers guides d’enquête ethnographique publié en 1800 par la Société des observateurs de l’homme, il dresse un grand tableau du domaine d’observation de l’ethnologie qu’il définit comme une science en posant les principes de ce qu’on a appelé depuis " l’observation participante" des peuples primitifs.

Il rédige notamment des Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages à l’intention des membres de l’expédition scientifique qui accompagnent le capitaine Baudin dans son exploration des terres australes. Ces instructions seront reprises dans le compte-rendu du voyage publié par François Péron et Louis de Freycinet en 18084.

Proche de Frédéric Ozanam, autre Lyonnais, il publie Le Visiteur du pauvre en 1824. Gérando fait de l’observation la condition même de l’étude des indigents et la mesure de la compréhension des "maladies morales" dont souffre la société. La "visite" n’a plus seulement une fonction de "charité", mais d’investigation ; la philanthropie devient une science empirique qui annonce la Méthode sociale et la sociologie des Ouvriers européens de Frédéric Le Play.

Par la suite, il devient vice-président du Conseil supérieur de la santé et administrateur de la Charité du XIe arrondissement de Paris.

Il participe en 1802 à la fondation de la Société d’encouragement pour l’éducation industrielle du peuple et à celle de la Société pour l’instruction élémentaire en 1815 aux côtés de Jomard.

Gérando est alors proche des francs-maçons et s’implique auprès des partisans de l’éducation mutuelle comme le philanthrope Alexandre de Laborde. De Gérando voit dans la lecture un facteur d’intégration sociale et de lutte contre l’indigence, et non une voie d’accès au savoir et à la culture et se révèle proche de l’école sensualiste dans sa façon de concevoir l’émergence de la pensée et des idées.

Le fonctionnement des écoles mutuelles révèle dès 1817 l’importance de l’analphabétisme, poussant De Gérando à rechercher des solutions propres à conserver les connaissances acquises.

Il approfondit la connaissance de la communication par signes chez les sourds-muets.

Associé résident de la seconde classe de l’Institut national jusqu’en 1803, Gérando, par ses travaux sur Kant et sur les peuples sauvages, offre une synthèse des études ethnologiques et ethnographiques du dernier tiers du xviiie siècle. Il utilise ces éléments pour rédiger le mémoire, De la génération des connaissances humaines, qui remporte le prix de l’Académie de Berlin en 1802.

Attaché par Lucien Bonaparte au ministère de l’Intérieur, il est nommé en 1804 secrétaire général de ce ministère pendant 17 ans, accompagne en 1805 Napoléon en Italie, et introduit l’administration française en Toscane (1808) et dans les États romains (1809).

Nommé grand officier de la Légion d’honneur en 1809, il poursuit alors une importante carrière administrative, qui le conduit en 1811 aux fonctions de maître des requêtes au Conseil d’État, puis de conseiller d’État, et en 1812, à celles d’intendant de la Haute Catalogne. Il fut appelé en 1819 à la chaire de droit administratif nouvellement créée. Il sera également membre de la consulte d’état, à Rome.

En 1814, il est membre de la Société philosophique organisée autour de Maine de Biran et, en 1821, il est à l’origine de la création de l’École des chartes.

Soutenu par Lucien Bonaparte, Gérando devient membre du Bureau consultatif des arts et du commerce.

Membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 1832 (section philosophie, fauteuil no 2), pair de France depuis 1837, il rédige en 1839 un Traité de la bienfaisance publique qui résume le sens de son action philosophique et politique. Il crée un ouvroir qui portera son nom.

En décembre 1834, il fait partie des fondateurs de la Société française pour l’abolition de l’esclavage.

Il est considéré par Jean Jamin comme le fondateur de l’anthropologie française.

Il meurt le 10 novembre 1842 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (41e division).

Il était l’oncle de l’essayiste franco-hongrois Auguste de Gérando.

Principales publications :

Les écrits de Gérando ont eu une certaine influence Outre-Atlantique, notamment sur des intellectuels tels que Henry David Thoreau, Margaret Fuller, et surtout Ralph Waldo Emerson, qui s’appuie sur le cadre conceptuel de Gérando pour développer ses idées dans son premier ouvrage Nature8.

Des Signes et de l’Art de penser considérés dans leurs rapports mutuels, 4 vol., 1799-1800 Texte en ligne 1 2 3 4

De la Génération des connaissances humaines, mémoire qui a partagé le prix de l’Académie de Berlin sur la question suivante : Démontrer d’une manière incontestable l’origine de toutes nos connaissances..., 1802. Réédition in Corpus des œuvres de philosophie en langue française, Paris, Fayard, 1990 Considération sur les diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages, 1800

Le Visiteur du pauvre, 1824. Réédition : Jean-Michel Place, Paris, 1989. Texte en ligne

Histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines, 4 vol., 1822 Texte en ligne 1 2 3 4

Du Perfectionnement moral, ou de l’Éducation de soi-même, 2 vol., 1824 De l’Éducation des sourds-muets de naissance, 2 vol., 1827 Texte en ligne 1 2

De la Bienfaisance publique, 2 vol., 1839

Des Progrès de l’industrie, considérés dans leurs rapports avec la moralité de la classe ouvrière, 1841

Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, 4 vol., 1847

Les Bons Exemples, nouvelle morale en action, avec Benjamin Delessert, 1858

Titres :

1er Baron de Ramthzausen et de l’Empire (décret du 15 août 1809, lettres patentes du 17 mars 1811 (Paris)

Membre de la Chambre des pairs (3 octobre 1837)

Décorations :

Légion d’honneur :

Légionnaire (1809)

Officier (1811)

Commandeur (1820)

Grand officier de la Légion d’honneur (27 avril 1840)

Sources : Wikipédia/Wikimédia Commons

(APPL 2016)