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Peintres - Dessinateurs - Illustrateurs

LEFEVRE Robert (1755-1830)

27eme division
vendredi 13 avril 2007.
 

Peintre de portraits

LEFEVRE, Robert, Jacques François Faust, dit parfois Robert Lefèvre, est né à Bayeux (Calvados), au n° 3 de la rue Franche, le 24 septembre 1755, il était le fils de Jacques Lefèvre, marchand drapier et de Suzanne Françoise Marguerite Decrot, son épouse.

Malgré un talent précoce pour le dessin, son père le destine au barreau et le place à Caen, chez un procureur. C’est donc sur les dossiers de procédure qu’il fait ses premiers croquis, qui représentaient, le plus souvent, des plaideurs suppliants ou désespérés, devant leurs avocats ou leurs juges.

En 1773, à dix-huit ans, avec quelques économies, il fait le voyage à pied jusqu’à Paris, où il veut admirer les oeuvres des grands maîtres.

Revenu ensuite à Caen, il abandonne définitivement le droit, pour se consacrer à la peinture, sa passion. Pour son barbier, il peint une enseigne représentant des ciseaux et des rasoirs placés en sautoir. Plus tard, il dira que les grands succès qu’il avait obtenus à différents salons lui avaient été moins doux que les cris d’admiration des inconnus qui, naïvement, s’extasiaient devant son enseigne.

Ses premières réalisations : les décorations et les portraits de deux appartements du château d’Airel, près de Saint-Lô. Sa rémunération lui permet de revenir à Paris, en 1784, où il est admis dans l’atelier de Jean-Baptiste Regnault, peintre du roi, qui lui dit : « Je vous apprendrai le dessin, mais non à peindre, car votre coloris est celui de la nature, dont vous paraissez être l’élève ». Dans cet atelier, il se lie d’amitié avec Pierre Guérin, Carle Vernet, Bertin et Van Daël.

Pour la première fois, il expose au Salon de 1791, avec notamment une jeune personne en Bacchante (Musée Baron Gérard à Bayeux), pour laquelle on confirma : « On dirait que cet aimable peintre a dérobé aux Grâces leurs coloris » ; au Salon de 1795, quelques sujets d’histoire antique, dont Vénus désarmant l’Amour (Fontainebleau) et une oeuvre de style troubadour : Héloïse en pleurs tenant une lettre d’Abélard ; au Salon de 1798 : L’Amour aiguisant ses flèches, qui avait obtenu, dans un concours, un prix d’encouragement.

Le second portrait dont il s’agit représente Le général Bonaparte et son chef d’état-major, le général Berthier, à la bataille de Marengo, le 14 juin 1800 (huile sur toile, 289 x 232 cm, exécuté en 1800-1801). L’oeuvre était signée par J. Boze qui, peu après son achèvement, l’emporte à Amsterdam et à Londres, pour l’exposer. Ce qui entraîne immédiatement la réaction de Robert Lefèvre : dans un article publié en 1801, à la fois dans le Journal des Arts et le Moniteur Universel (11-17 et 18 thermidor an IX : 2-8 et 9 août 1801), il revendique la paternité du tableau, peint en collaboration avec Carle Vernet, pour les figures de l’arrière-plan. À l’analyse, les styles de Lefèvre et de Vernet sont bien reconnaissables dans ce tableau, que ce soit dans les portraits de Bonaparte et de Berthier pour Lefèvre ou dans la figure du hussard et les belles têtes des chevaux pour Vernet.

Ce tableau avait été acheté par le Musée Grévin en 1898 ; le musée l’a revendu aux enchères chez Sotheby’s Paris, le 12 mars 2002, et il a été acquis par la Fondation Napoléon, pour la somme de 110 000 e (voir Catalogue Sotheby’s, 12 mars 2002, p. 60-62 ; Karine Huguenaud, magazine Napoléon Ier, n° 14, mai-juin 2002, p. 63).

En 1803, Vivant Denon lui commande un portrait du Premier Consul, pour l’hôtel de ville de Dunkerque qui, en 1804, a un succès tel qu’il est copié par Vien fils, pour l’hôtel de ville de Bruges et par Dabos, pour l’hôtel de ville de Paris (Versailles).

Ensuite, grâce à la protection de Denon, directeur général des Musées et administrateur des manufactures d’art impériales, quarante portraits de Napoléon suivront, jamais exactement semblables (tous sont exécutés par Lefèvre lui-même), en grand costume du sacre ou en uniforme, lauré ou non, de face ou de trois quarts, en pied ou en buste, parfois même en miniatures, destinés aux grands corps de l’État, aux grands dignitaires, aux villes impériales ou à l’étranger (Versailles, trois variantes, l’une avec l’uniforme vert de colonel des chasseurs à cheval de la Garde ; 216 x 156 cm, Salon de 1806, l’autre avec l’uniforme bleu de colonel des grenadiers à pied de la Garde, Salon de 1812 ; Musée Carnavalet, 1809.

Napoléon appréciait les portraits de Lefèvre, il les trouvait très ressemblants. Peintre de l’Empereur, Robert Lefèvre fut aussi l’un des grands portraitistes de la famille impériale, de la cour, des grands dignitaires et de la haute société de l’Empire. Il fut véritablement l’iconographe officiel du Premier Empire.

On a aussi l’auto-portrait de Robert Lefèvre (1810, Caen et Bayeux : lithographie 1818, Bayeux) ; le portrait de son épouse, une jolie femme (Bayeux) et de sa soeur (vente 4 décembre 1920).

Il avait une facilité et une mémoire visuelle prodigieuses qui lui permettaient d’obtenir une ressemblance parfaite sans avoir le modèle sous ses yeux. C’est ainsi qu’il s’était posté sur le passage du Premier Consul pour l’observer, avant de faire son portrait pour la ville de Dunkerque. De même, il réussit, en six heures, un portrait très ressemblant du pape Pie VII, alors que David, pour le réaliser, avait demandé plusieurs séances de pose.

De son vivant, les portraits de Lefèvre étaient, sur le plan du talent, comparés à ceux de Gérard et Gros. Par la suite, la postérité s’est montrée plus favorable à ces derniers.

Quoi qu’il en soit, la réputation de Robert Lefèvre, à son époque, était considérable.

C’est sans doute la raison pour laquelle Balzac, dans la Cousine Bette (1846) relate que « le portrait de Hulot, peint par Robert Lefèvre en 1810, dans l’uniforme de commissaire ordonnateur de la Garde impériale, s’étalait au-dessus de la travailleuse », dans la chambre de Madame Hulot.

Sous la Restauration, la carrière de Robert Lefèvre se poursuit. Il est nommé peintre de la Chambre et de la Cour du Roi. Parmi ses oeuvres : le portrait de Louis XVIII (Salon 1814).

En 1820, il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur

Lefèvre vivait à Paris, 3, quai d’Orsay (actuellement 1, quai Anatole-France, VIIe arrondissement), à l’angle de la rue du Bac, où il avait son atelier. Son appartement est luxueusement meublé (avec des meubles de Boulle) et il a de riches collections de tableaux, dessins et miniatures. Il donnait des leçons suivies par les mondaines du faubourg Saint-Germain. Cependant, il avait quelques élèves, dont Mlle Fanny Defermon. Ses rémunérations étaient élevées : 12 000 francs pour un portrait impérial de grand apparat, 15 000 francs pour le portrait de Lebrun, architrésorier de l’Empire, duc de Plaisance.

Dans les dernières années de sa vie, Lefèvre se tourne vers la peinture religieuse : Assomption et Christ en croix (Salon 1827), Apothéose de Saint-Louis. Il travaillait à cette dernière oeuvre lorsque survient la révolution de juillet 1830 qui lui fait perdre ses appuis et ses fonctions officielles.

Malade, déprimé, désespéré, il se donne la mort, chez lui, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1830, en se coupant la gorge ; il avait 75 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, dans la 27e division, 1ere ligne, chemin du Dragon.

De son union avec son épouse, il avait eu deux fils : l’un, Jules Robert, sous-lieutenant du génie, tué à la bataille de Leipzig, le 18 octobre 1813 (une inscription rappelle son souvenir sur la tombe du Père-Lachaise) ; l’autre, qui fit également une carrière militaire, quitta le service en 1840, avec le grade de capitaine. Tous deux sont morts sans postérité.

Sources : Marc Allégret - Revue du souvenir Napoléonien n°445 Février-mars 2003 et divers.

Crédit photo : nnie_photos (APPL 2008)