Navigation







Compositeurs - Musiciens - Chanteurs

LITVINNE Félia, soprano (1860-1936)

95eme division
samedi 10 février 2007.
 

Chanteuse d’opéra

Félia Litvinne, de son nom de bapteme Françoise Jeanne Schütz, soprano russe d’ascendance allemande et canadienne, voit le jour le 11 octobre 1860 à Saint pétersbourg, en Russie.

Emigrée et fixée en France, elle est naturalisée française et étudie avec Barthe-Barderali, Pauline Viardot et Victor Maurel (pour la scène) qui la fait débuter en 1883 au Théâtre Italien dans le rôle d’Amélia de Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi en remplacement de Fides Devries. Un peu plus tard, elle y chanta Elvira d’Ernani du même Verdi.

En 1885, elle voyage beaucoup, on l’entend à Bordeaux, à Genève et à Barcelone. Au cours de la saison 1885-1886 et grâce au mariage de sa sœur avec Edouard de Reszké, elle chanta à New York avec la Compagnie Mapleson.

Puis de 1886 à 1888, elle se fixa à La Monnaie de Bruxelles où elle interpréta l’Africaine de Meyerbeer, Sigurd de Reyer, la Gioconda de Ponchielli, Hamlet d’Ambroise Thomas et la première Brünnhilde dans la Walkyrie de Wagner en version française.

En 1888, en Italie, elle chanta la Reine (Hamlet) à Rome et à La Fenice de Venise le rôle de Valentine dans les Huguenots de Meyerbeer, rôle qu’elle reprendra à l’Opéra de Paris et au San Carlo de Naples en 1890.

L’année suivante, on la retrouvera dans les théâtres impériaux de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour y chanter Cavalleria rusticana de Pietro Mascagni et Judith d’Alexandre Serov.

Après une interruption pour se marier, elle reprendra son activité en 1895-1896 pour y chanter Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns à Monte-Carlo puis au Metropolitan Opera où elle paraîtra dans les Huguenots, Aïda, Don Giovanni, Siegfried et l’Africaine.

Elle est devenue une wagnérienne célèbre, soprano dramatique, sa voix est puissante, étendue, homogène et naturellement émouvante. Elle devient la première Isolde de Paris en 1899, la première Brünnhilde des Tétralogies intégrales de Bruxelles en 1903 et Paris en 1911. La première Kundry dans Parsifal à Monte-Carlo en 1913.

Elle chantera le Crépuscule des dieux de Richard Wagner en 1907 à la Scala sous la direction de Toscanini. Elle est considérée comme la plus grande Alceste de Christoph Willibald Gluck de l’histoire. Sa voix, aussi imposante que son physique, fut une des rares voix féminines à supporter l’épreuve de l’enregistrement (une quarantaine).

Elle se retirera de la scène en 1916 pour se consacrer à l’enseignement et eut de nombreux élèves comme Koshetz, Denya et, sans doute, la plus réputée en la personne de Germaine Lubin.

Félia Litvinne est l’auteur de Exercices et Conseils (Paris 1924) et de sa biographie sous le titre Ma Vie et Mon Art (Paris 1933). Elle s’est éteinte à Paris, le 12 octobre 1936. Elle repose dans la 95e division.

Revue de presse (Nouvelliste d’Indochine - 1936)

12 octobre 1936.

Mort de la cantatrice Félia Litvinne.

« La grande et célèbre cantatrice s’est éteinte dimanche soir à 20 h 45, cédant à une crise de diabète, au Cercle familial d’Auteuil, 1 ter rue Chevez, où elle habitait depuis trois ans.

Elle avait réuni là quelques meubles qu’elle avait pu garder du temps de sa splendeur et, souffrante, vivait de son art. Elle continuait à enseigner le bel canto a quelques élèves privilégiés et à évoquer souvent les fastes inouïs de sa prodigieuse carrière.

Félia Litvinne fut sans doute une des plus grandes artistes lyriques de notre époque. Sa réputation était mondiale.

Sa voix, un enchantement de l’esprit, était tout pour elle. C’est avec une certaine mélancolie qu’elle évoquait les railleries dont elle fut toujours l’objet à propos de « ses formes puissantes ». Elle avait tout tenté pour maigrir, mais en vain. Cependant dès qu’elle chantait, une divine métamorphose s’opérait et l’on ’apercevait plus que le rayonnement incomparable de son âme.

Elle était née à Petrograd, le 31 août 1863. Petite-fille de l’honorable Monroe qui fonda au Canada la province de Toronto et inspira à Fenimore Cooper son roman, Le dernier des Mohicans, son père était Russe et sa mère Canadienne.

Toute enfant, elle se révéla exceptionnellement musicienne. On la mena à Paris où elle étudia le chant auprès des traîtres Barthe-Banderali et Victor Maurel.

Quand elle fut Prête a aborder la scène, le Théâtre Italien organisa ses débuts dans Simone Bocanegra et dans Hernani.

C’était en 1882. Sa voix de soprano dramatique et la puissance de son jeu de tragédienne, firent une grande impression sur ses auditeurs. Une incomparable artiste, l’égale d’une Melba ou d’une Patti était née. Dès lors, ce fut pour Félia Litvinne l’occasion de commencer sa longue randonnée de gloire. Elle se classe la wagnérienne type, joue la Walkyrie à la Monnaie de Bruxelles, puis les Opéras de Paris, de Naples, de Venise, la Scala de Milan, le Théâtre Impérial de Saint-Pétersbourg se partagent ses triomphes. La cantatrice chante en russe, en italien. en français, en allemand, en anglais.

En 1899, elle crée à Paris le rôle d’Iseult et en 1902 le rôle de Brunehilde du Crépuscule des Dieux.

Elle avait auparavant accompli une tournée en Amérique où elle fut la partenaire, - l’ égale - , d’Emma Calvé, de Chaliapine et de Caruso. On reste rêveur, aujourd’hui, en songeant àde telles distributions qui pouvaient mettre en présence, sur une scène, ces sommets de l’art lyrique.

Puis, lasse de courir le monde, Félia Litvinne se fixa à Paris, où elle se consacra au professorat. Le rôle admirable de dévouement qu’elle joua pendant la guerre l’avait fait surnommer « la Cantatrice des alliés ». Poète, elle écrivit dès strophes émouvantes, sur l’ancienne Russie et sur la France, et devenue française par son mariage, elle aimait à se rappeler qu’elle avait été soliste à la Cour impériale du tzar.

Elle état chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’instruction publique. et vice-présidente de l’Union des arts.

Maintenant qu’elle dort son dernier rêve, qu’elle n’est plus qu’une voix qui s’est tue, il ne nous reste que son souvenir et quelques disques pour l’évoquer. Elle repose dans sa chambre vêtue de voiles blancs, parmi des fleurs.

Ses obsèques ont été célébrées vendredi matin, à 11 heures, à l’église d’Auteuil. »

Robert Cardinne-Petit, article publié dans Le Nouvelliste d’Indochine, édition du 31 octobre 1936.

Félia Litvinne - Pleurez mes yeux - Le Cid de Massenet 1906

Sources : Ma vie et Mon Art, Paris 1933,Histoire de l’Opéra, Paris, 1963.Wikipédia, Félia Litvinne.

Crédit photos : (APPL 2009)